IRONIE numéro 74 - Supplément Éclats
IRONIE
Interrogation Critique et Ludique
Parution et mise à jour irrégulières
> Supplément du numéro 74,
Éclats
, textes : Agnès Prévost,
photographies : Julien Soule

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IRONIE numéro 74, Avril 2002

Éclats

 

le regard à hauteur du ciel
les toits chantent de part et d'autre.
Soudain
quelques notes de piano
elles s'entremêlent aux respirations du dormeur ;
le ciel s'est troué de bleu.

 

Les notes reviennent, puis repartent.
   une mouette au loin
Les mâts des maisons se balancent.
La nuit, je crois, est proche.

 

Photo Julien Soule
Photo : Julien Soule, droits réservés.

 

Aujourd'hui, deux images que je n'oublierai jamais

une petite lumière éclairant
à peine un palais
dans les verts d'eau.
puis, une bougie
posée sur le seuil
près d'un canot.

 

Au fond des rues, au haut des maisons, vers le ciel.
Vers le ciel, vers l'eau.
Palais, patios, fenêtres ou parures              et le linge
                                                              dentelle de l'air
gorgé de sève entre miel et réglisse.

 

La nuit
on entend des murmures
des rires de fantômes
Le long des murs rouges

 

Les sons se tressent et poussent dans les cours,
Des voix qui chantent, des appels, des conversations.
Ouvriers, Laitiers, Gondoliers
et élégantes Vénitiennes
Elles bavardent, vos montées de ponts.

 

Photo : Julien Soule, droits réservés.

A l'intérieur, un homme penché sur un ouvrage.
Il porte un chapeau fabriqué avec un journal ; il sculpte une stèle de marbre.
Lignes d' un portrait.

 

Petite place semée de saules et de vieux bancs.
Là, la mer rejoint le ciel
les enfants et les mouettes en retard
rient s'élancent courent vers elle.

 

Dans un atelier, un homme est assis à son établi.
La nuit est tombée.
Sa chemise, les carreaux qui jouent dans la lumière
jaune-jade très doux
et son visage tendre et patient.

 

Réveil.
La lumière blanche et faible du matin
Puis la brume, vers laquelle les bateaux s'échappent.
Secret de l'eau

 

Le son assourdi du vaporetto
Son ventre
Au large une promenade.

 

Au loin, une forêt de pins parasols,
Et la lumière, poussière d'argent entre les troncs.
Un petit parc, une balançoire
Et peu de gens entre les rayons                        Bise venue de la mer

 

Les palais se tiennent par ces bras fragiles
Bras des femmes qui les tendent chaque jour
Les jours de pluie n'y font rien

 

Entrer dans une cour pleine de linges et de lumière.
Ruisseau de chants et d'exclamations,
les bruits de chantier...

 

Photo : Julien Soule, droits réservés.

 

 

Le nœud de la corde :
Faire une boucle, la lancer vers les piles d'arrimage,
revenir autour du bras du rebord,
laisser faire, puis retenir, resserrer s'il le faut.
La main en garde au-dessus de la corde,
La paume bien à plat.
Tension, le bateau se soumet.

 

écoute
le son cristallin du marbre qu'on sculpte
bruissement des rideaux de ses vitrines
trémas des cloches, émoi de l'eau.

 

Photo : Julien Soule, droits réservés.

 

Pêle-mêle, les saveurs...
des poires chaudes,
la maison violet violent de Burano, l'enterrement,
Les dentelles et les pâtisseries
La femme du vaporetto 41
Santa Elena et Saint Alvise                       la mer
Le sommeil de plomb dans le vaporetto
Le citron et le gâteau rond sur le rebord blanc de la soucoupe
Le chant de l'homme passant devant la place
Les cirés oubliés
Le ciel cyan.

 

Les chats caressent                                 les murs
glissant chaque jour à la surface,
Ils font comme la lumière, son rideau blanc, très blanc
ils poussent l'ombre jusqu'à la mer.

 

Photographies : Julien Soule      Textes : Agnès Prévost


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