IRONIE numéro 129 - Mars 2008

AMORCE POUR UNE ANTHOLOGIE DE LA PENSÉE-CINÉMA

Les citations sont choisies et montées par Martine Boyer et Pierre Bourdy.

AIMER

Une nouvelle connaissance, un nouvel amour, une nouvelle possession du monde par les yeux.

Jean Epstein, Le Livre d’or du cinéma français, 1947-1948

Il n’y a pas de plus noble expérience, dans un studio, que d’enregistrer l’expression d’un visage sensible à la mystérieuse force de l’inspiration. Le voir animé de l’intérieur, et se changeant en poésie.

Carl Theodor Dreyer, Cahiers du Cinéma, décembre 1956

Pour aimer la culture, une forte vitalité est nécessaire. Parce que la culture – en un sens spécifique ou, mieux, classiste – est une possession : et il n’y a rien qui nécessite davantage une énergie acharnée et folle que le désir de possession.

Pier Paolo Pasolini, Corriere della sera, 24 juillet 1975

AUBAINE

Un acteur est dans le cinématographe comme dans un pays étranger. Il n’en parle pas la langue.

Robert Bresson

Le cinéma, après avoir été vilipendé par les beaux esprits, n’a-t-il pas trouvé dans l’Université quelques-uns de ses meilleurs défenseurs ? Livre et Film n’étaient-ils pas finalement de faux ennemis ?

Christian Zimmer, Le Retour de la fiction, éd. du Cerf, 7°Art, Paris 1984

BARBARIE

Le cinéma est une révolte contre les vieilles méthodes de l’art littéraire. Une attaque. Un assaut… Le cinéma nous révèle le mouvement. C’est une très grande chose.

Léon Tolstoï, 1905

La mutation technologique en cours fait apparaître sous un jour bien différent cette rivalité entre l’écrit et l’iconique, dans laquelle l’humanisme classique voyait le grand débat du siècle et dont il laissait deviner avec effroi la fatale et catastrophique issue : le retour à la barbarie sous l’effet du déferlement irrésistible de l’image.

Christian Zimmer, Le Retour de la fiction, éd. du Cerf, 7°Art, Paris 1984

Que le monde aille à sa perte, c’est la seule politique.
Que le cinéma aille à sa perte, c’est le seul cinéma.

Marguerite Duras

Il n’y a pas plus de cinéastes que de films. C’est pour cela qu’il y a du cinéma.

Patrice Enard, Pourquoi filmez-vous ?, n° spécial Libération

CENSURE

Tant que nous n’aurons pas aboli l’idée même de censure dans nos lois et nos mentalités, il demeurera présomptueux de se prétendre égaux, libres et civilisés.

Bernard Joubert, Maintenant, n° spécial Censure, mai 1994

Le surmoi de chacun de nous est un Monsieur Hays qui s’ignore.

André Bazin

L’indépendance d’opinion et la liberté d’expression me semblent bien plus grièvement menacées par l’uniformité de la pensée critique que par les réalisateurs qui voudraient qu’on cesse de les insulter.

Denitza Bantcheva, La Lettre critique de cinéma, mars 2000

La revendication de liberté, de justice, ne peut avoir le même sens ici et là ; et les combats du cinéma sont bien sûr différents selon les oppressions qu’il affronte.

Jean-Denis Bredin, Déclaration des droits du cinéaste, Festival de Cannes 1989

CHIRURGICAL

Étudier un film, c’est ordinairement lui appliquer des notions forgées ailleurs, en linguistique, en sociologie, en psychanalyse, pour tenter de déterminer comment il fait sens et, si l’on est ambitieux, pour tenter de cerner quelques règles fondamentales du langage audiovisuel.

Pierre Sorlin

Le cinéma, disait André Bazin, substitue à notre regard un monde qui s’accorde à nos désirs.

Jean-Luc Godard

CIVILISATION

Le temps de l’image est venu !

Abel Gance, 1926

Le cinéma est à notre époque ce qu’étaient les jeux du cirque sous Néron. C’est au fond le vrai spectacle de « notre temps ».

Musidora

Représente-toi donc des hommes qui vivent dans une sorte de demeure souterraine en forme de caverne… A l’intérieur ils sont, depuis leur enfance, enchaînés par les jambes et par le cou, en sorte qu’ils restent à la même place, ne voient que ce qui est en avant d’eux, incapables d’autre part, en raison de la chaîne qui leur tient la tête, de tourner celle-ci circulairement.

Quant à la lumière elle leur vient d’un feu qui brûle en arrière d’eux, vers le haut et loin.

Or, entre ce feu et les prisonniers, imagine la montée d’une route, en travers de laquelle il faut te représenter qu’on a élevé un petit mur qui la barre, pareil à la cloison que les montreurs de marionnettes placent devant les hommes qui manœuvrent celles-ci et au-dessus de laquelle ils présentent ces marionnettes aux regards du public.

– Je vois, dit-il.

Platon, La République, Livre VII, extrait du Mythe de la Caverne

Un film intelligent est aussi utile pour la politique coloniale que la construction d’un puits artésien ou d’un hôpital.

El Abed Bouhafas

Autrefois, les pays qui s’étaient libérés du colonialisme se hâtaient d’ériger d’immenses, d’affreux monuments en marbre (…) À la beauté et à l’immortalité, le monde moderne préfère l’expression et la communication.

Alberto Moravia, 1966

CRITÈRE

… Personnellement, par exemple, je prends assez de plaisir à La Nuit fantastique, j’ai beaucoup aimé La Duchesse de Langeais, et je trouve assez « dingue » La Symphonie fantastique. Ceci dit, ce n’est pas un critère. « Ça me plaît » ce n’est que le critère du spectateur. Si on veut formuler des jugements de valeur et les opposer les uns aux autres, nous allons y passer notre temps. Il faudrait, je crois, situer la réflexion à un autre niveau.

Marcel Oms, Les Cahiers de la cinémathèque n°10/11, automne 1973

L’innovation cinématographique n’a pu se réaliser pleinement que lorsque fut atteint un certain stade de maturité des sociétés industrielles.

Laurent Creton, Economie du cinéma, Nathan, 1997

Les films d’une nation reflètent sa mentalité d’une façon plus directe que n’importe quel autre moyen d’expression artistique (…) Le fait que l’on parle de la mentalité d’un pays n’implique nullement l’idée d’un tempérament national précis. Tout l’intérêt ici réside dans l’affirmation, dans tel ou tel pays, à tel ou tel moment de son histoire, de dispositions ou de tendances collectives…

Siegfried Kracauer, Theory of Film, Oxford University Press, 1968

CRUAUTÉ

Dans la société du spectacle, la censure, toujours opérationnelle au chevet de l’ancienne morale religieuse, a déplacé une partie de sa férocité pour défendre l’idéologie laïque de l’économie : celle du copyright. Du grain de riz à la parole, tout doit être breveté. Plus rien n’est gratuit.

Sergio Ghirardi, Nous n’avons pas peur des ruines, éd. L’Insomniaque, Paris, 2003

DIEU

Chacun peut faire qu’il n’y ait pas de Dieu.

Nade Dieu dans Notre Musique, Jean-Luc Godard, 2003

Dieu a créé les beaux-arts, l’homme a créé le cinéma.

Roger Manvell

Il a été observé avec raison que même dans les films considérés comme moralement irréprochables, les hommes vivent et meurent comme s’il n’y avait ni Dieu, ni Rédemption, ni Eglise. Nous ne voulons pas discuter les intentions mais il n’en est pas moins certain que les conséquences de ces représentations neutres sont déjà bien larges et profondes.

Pie XII

ÉCONOMIE

La grande mansuétude du Code Hays dans le domaine de la mort, inversement proportionnelle à sa sévérité dans le domaine de la sexualité, nous a mis la puce à l’oreille : en fait, quand il s’agit de la mort, on censure le regard, pas l’image.

Gérard Lenne, La Mort à voir, éd. du Cerf, 7°Art, Paris, 1977

– Chaque matin, pour gagner mon pain, je vais au marché où on vend des mensonges… et plein d’espoir je me range à côté du vendeur.
– Qu’est-ce que c’est ?
– Hollywood. Un extrait d’une ballade du pauvre B.B.
– Bertolt Brecht ?

Le Mépris, Jean-Luc Godard

EFFICACE

Quelles sont mes deux modestes propositions pour éliminer la criminalité ? Ce sont deux propositions à la Swift, ainsi que leur formulation humoristique ne se soucie nullement de le cacher.

1/ Abolir immédiatement l’école secondaire obligatoire

2/ Abolir immédiatement la télévision.

Quant aux enseignants et aux employés de la télévision, on peut aussi bien ne pas les manger, comme le suggérait Swift. On peut simplement les faire prendre en charge par la caisse de chômage.

Pier Paolo Pasolini, Corriere della sera, 18 octobre 1975

ÉSOTÉRIQUE

C’est une petite machine d’optique qui fait voir dans l’obscurité sur un mur blanc, nombre de spectres et de monstres affreux, de sorte que celui qui n’en connaît pas le secret croit que cela se fait par art magique.

Dictionnaire XVIIe siècle, article Laterna Magica

EUROPE

Bref, l’Europe a terriblement besoin du cinéma. Sa capacité à bâtir un « cinéma européen » sera un test crucial de sa capacité à exister.

Jean-Michel Frodon, La Projection nationale, cinéma et nation, éd. Odile Jacob, Paris, 1998

L’industrie des cinémas italien et allemand aurait disparu depuis longtemps si l’on n’avait pas massivement injecté des capitaux américains. Ces gentlemen entretiennent l’illusion qu’ils font des films internationaux. Ce que nous tentons de faire, ce n’est certainement pas de réaliser des films internationaux.

Jean-Marie Straub, Rome 1970

EXTRÊME

Le cinéma est sans limitation, et on peut y montrer la vie telle qu’elle est : de la saloperie. J’ai voulu et je veux toujours montrer le vrai visage de la vie, avec sa crasse, sa noirceur, sa violence, sa sensualité et, singulier contraste, au milieu de cette fange, la pureté…

Erich Von Stroheim

Le cinéma est le plus puissant moyen de poésie, le plus réel moyen de l’irréel.

Jean Epstein, Le Cinématographe vu de l’Etna, 1926

FÉLONIE

Il est spécialement attristant de voir une des plus grandes industries américaines consacrer une grande partie de ses efforts et de ses merveilleux moyens, à répandre les calomnies les plus noires et les plus sales contre d’anciens compagnons d’armes dans des œuvres où l’on ne sait ce qu’il faut admirer le plus, une ignorance grossière ou une mauvaise foi qu’il est bien difficile de séparer de l’intention de nuire.

Extrait de la lettre de Paul Claudel à William Hays, 1927, à propos de l’image de la France véhiculée dans le monde par les films des États-Unis

FORMATAGE

La « Production Code Administration » ne donnera son assentiment à l’emploi d’aucun des mots de la liste suivante – qui n’est pas exhaustive : Dieu, Seigneur, Jésus, Christ (employé irrévérencieusement), merde, tapette, bordel de Dieu, gousse, con, chaude (en parlant d’une femme), bite, vierge, putain, maquerelle, couilles, foutre, fils de chienne, pet, gags de W.C., histoires de commis-voyageur et de fille de ferme, damnation, enfer.

Code Hays, dit « Code de la Pudeur », 1930, article cité dans Le Film du cinéma, Antoine de Bary, 1978

FRÈRES LUMIÈRE

Ils auraient pu s’appeler Abat-jour. Heureusement : ils s’appelaient Lumière !

Jean-Luc Godard

HUMEUR

On reproche beaucoup aux critiques français de ne pas aimer le cinéma de leur pays, d’être snobs à son égard, de le mésestimer, d’aimer des cinémas où ça bouge mieux (…) Alors que c’est précisément cela qui est unique – et même aimable : sa passion de la langue, sa légèreté et son moralisme, ses digressions et le noir narcissisme de ses auteurs.

Serge Daney, La Rampe, Seuil, Petite bibliothèque des Cahiers, rééd.1996

Le film n’est pas une métaphore
Le film est une folie concrète
Le film vous dit MERDE

Robert Cordier, 1975

IMPACT

… Tous les films sont politiques. Même une comédie (…) Le cinéma peut être une arme mais je parle de résistance plutôt que de révolution : le cinéma a moins de portée que le hip hop qui, avec vingt disques, peut générer un vrai mouvement.

Jean-François Richet, Le Jeune cinéma français, Nathan 128, Paris 1998

Le cinéma n'est pas une distraction, au contraire, c'est une concentration aiguë sur la vie, alors que les gens vont au cinéma pour faire le contraire, ils vont au cinéma pour ne plus penser à rien, pour oublier, mais je pense que le cinéma ne fabrique pas de l'oubli, ça fabrique de la conscience.

Bruno Dumont

Aucun film ne doit être produit qui abaisserait les standards moraux de ceux qui le voient. La sympathie du public ne sera jamais poussée du côté du crime, de la mauvaise action, du mal, du péché. On présentera des modes de vie convenables, sujets seulement à ce qu’exigent le drame et l’entertainment. La Loi naturelle ou humaine, ne sera pas ridiculisée et on ne suscitera aucune sympathie pour sa violation.

Extrait du Code Hays, cité in Vertigo n°3, L’Infilmable, Paris 1998

LÉCHEURS

Cette concentration de l’intérêt de tous sur les sommets et sur les personnages au sommet est devenue exclusive, jusqu’à l’obsession. Cela n’avait jamais atteint de telles proportions. Les intellectuels italiens ont toujours été des courtisans, ils ont toujours vécu « dans le Palais ».

Pier Paolo Pasolini, Corriere della sera, 1° août 1975

MISSIONNAIRES

Vous les cinéastes, vous représentez la réalité, mais de la réalité vous ne devez donner au peuple que les parties les plus hautes. Vous avez charge d’âmes, vous avez vos responsabilités. Vous devez être les éducateurs de l’âme populaire. Vous devez choisir vos sujets avec discernement et avec goût. C’est une erreur de croire que, pour plaire aux foules et pour les retenir, il faut recourir aux choses vulgaires.

Paul Deschanel, 1914

MONDIALISME

Le cinéma fait connaître le monde.

Auguste et Louis Lumière

Le cinéma possède sur le journal ou sur le livre le grand avantage de parler aux yeux, c’est-à-dire de parler un langage que peuvent comprendre tous les peuples de la terre.

Benito Mussolini

Le cinéma Hollywoodien est la projection de l’Amérique.

Jean-Michel Frodon, La Projection nationale, cinéma et nation, éd. Odile Jacob, Paris, 1998

Grâce au cinéma, le monde s’unifie, c’est-à-dire qu’il s’américanise.

Upton Sinclair, 1917

Hollywood est devenu le plus grand marché mental du monde.

John Ford, 1928

Il n’est plus possible de faire le tri entre des films artistiques, esthétiques, agréables et ceux que nous considérons comme des navets, si nous refusons d’admettre que l’essentiel du cinéma contemporain – qu’il s’agisse de films de fiction, de documentaires ou de programmes télévisés (sans oublier les informations du soir) – est formaté à l’identique et à destination d’un public de masse.

Peter Watkins, Media Crisis, éditions Homnisphères, Paris, 2004

MUTATION

Est-ce que toute opération qui consiste à « historiser » les documents filmés, à leur conférer la dignité de document historique, ne se fait pas au prix d’un certain refoulement du point de vue politique, qui a présidé hier à la capture des images, aujourd’hui à leur lecture-consommation, au prix, donc, d’une certaine « dépolitisation » ?

Marc Ferro, Cinéma et Histoire, éd. Denoël/ Gonthier, Paris 1977

Le cinéma sera le théâtre, le journal et l’école de demain !

Charles Pathé, 1900

NANOPLANÈTE

En un temps où le dernier petit coin du globe terrestre a été soumis à la domination de la technique, et est devenu exploitable économiquement, où toute occurrence qu’on voudra, en tout lieu qu’on voudra, à tout moment qu’on voudra, est devenue accessible aussi vite qu’on voudra, et où l’on peut vivre simultanément un attentat contre un roi en France et un concert symphonique à Tokyo, lorsque le temps n’est plus que vitesse, instantanéité et simultanéité, et que le temps comme provenance (Geschichte) a disparu de l’être-là de tous les peuples, lorsque le boxeur est considéré comme le grand homme d’un peuple, et que le rassemblement en masses d’un million d’hommes constitue un triomphe, alors, vraiment, à une telle époque, la question « Pour quel but ? Où allons-nous ? Et quoi ensuite ? » est toujours présente et, à la façon d’un spectre, traverse toute cette sorcellerie.

Martin Heidegger, Introduction à la métaphysique, traducteur Gilbert Kahn, PUF, 1958

La mondialisation en cours, souvent vécue comme imminence d’une « fin du monde », non seulement ni même peut-être principalement pour des raisons économiques, mais bien plutôt comme imminence d’un effondrement spirituel, civilisationnel et existentiel résultant d’un mal-être global, prend toutes ses dimensions dans l’actuelle mise en œuvre d’une calendarité et d’une cardinalité planétaires.

L’opération de marketing lancée depuis les États-Unis autour de la fête des Morts, Halloween, mériterait à cet égard une analyse approfondie.

Bernard Stiegler, La Technique et le temps T3, le temps du cinéma, Galilée, 2001

NOUS SOMMES TOUS DES CHAMBRES OBSCURES

… Une fine ouverture est percée dans un volet. Sur le mur opposé se peint une image renversée, l’image du paysage extérieur…

L’expérience, qui montre ces objets envoyant leurs images ou leurs similaires saisies par l’œil dans le liquide cristallin, démontre que lorsque par un pertuis rond pénètrent dans une maison très obscure les images des objets éclairés… hé bien, tu saisiras ces images sur un papier blanc placé à l’intérieur de cette maison assez près de ce trou, et, alors, tu verras tous lesdits objets sur ce papier avec leurs propres images et couleurs, mais ils seront amoindris et renversés…

Et c’est ainsi que cela se passe dans l’œil.

Léonard de Vinci

PARADOXAL

L’image en général n’existe pas.

Bernard Stiegler, La Technique et le temps T3, le temps du cinéma, Galilée, 2001

PENSÉE

La puissance du cinématographe tient au fait qu’il parle au moyen de l’image, laquelle est reçue par l’âme avec jouissance et sans fatigue (…). Même pour lire et écouter, il faut toujours un certain effort, qui est remplacé dans le spectacle cinématographique par le plaisir continu résultant de la succession des images concrètes et pour ainsi dire vivantes. Au cinéma parlé cette puissance agit avec plus de force encore (…).

De cette façon, la cinématographie est une leçon de choses qui instruit en bien ou en mal plus efficacement, pour la plupart des hommes, que le raisonnement abstrait.

Extrait de L’Encyclique sur le cinéma, 1936, Pie XI

La plus grande erreur serait de penser qu’il faut absolument montrer ce que l’on cherche à raconter.

Wim Wenders, Leçon de cinéma, Studio magazine n°130

Le cinéma est l’art du mouvement car il se déroule dans le temps. Il implique la durée comme la peinture implique l’espace. (…) Par essence, il lie, il articule le réel et raisonne sa matière tout comme le langage des mots plie l’organique à la logique et le marque du sceau de l’intelligible. Or, c’est ce mouvement qui permet au cinéma de devenir un moyen d’expression de la pensée, car c’est lui qui en fait fondamentalement un langage.

Alexandre Astruc, 1948

PETIT LENDEMAIN

Les Lumière avaient raison quand ils ont dit que le cinéma était un art sans avenir. Ils voulaient dire : sans « grand » avenir. On a bien rigolé sur ça, mais on le voit aujourd’hui : l’avenir du cinéma, c’était la télévision.

Jean-Luc Godard, Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard T 2, Cahiers du Cinéma, Seuil, Paris 1998

L’avenir du cinématographe est à une race neuve de jeunes solitaires qui tourneront en y mettant leurs derniers sous et sans se laisser avoir par les routines matérielles du métier.

Robert Bresson

L’idéal du moi du cinéma c’était la télévision, comme l’idéal du moi de la télévision c’est aujourd’hui le net.

Louis Skorecki

PUBLICITÉ

Faites rire, faites pleurer, faites attendre, faites penser !

D.W. Griffith

Ce qui fait vivre une telle multiplication d’images comme monde, comme univers, est aussi notre frustration, puisque nous ne sommes pas des images. Mais c’est aussi que ce monde-là est de part en part une fiction. C’est-à-dire que nous sommes réellement une manière de soustraction à l’extension croissante de la surface publicitaire du monde.

Jean-Louis Schefer, Du monde et du mouvement des images,
éd. de l’Etoile/Cahiers du cinéma, Essais, Paris 1997

Quand on aime la vie, on va au cinéma.

Slogan

PUNITION

Le fait de fabriquer, de transporter, de diffuser, par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le support un message à caractère violent ou pornographique ou de nature à porter atteinte à la dignité humaine, soit de faire le commerce d’un tel message, est puni de 3 ans d’emprisonnement et 500 000 francs d’amende lorsque ce message est susceptible d’être vu ou perçu par un mineur.

Loi Jolibois, art. L 227-24, Nouveau Code Pénal, 1994

RÉVOLUTION CULTURELLE

Je crois à une révolte artistique. Je pense que de nouvelles perspectives et de nouvelles formules sont désormais nécessaires pour refléter le monde évolué dans lequel nous vivons. Mais je ne pense pas qu’il y ait une alternative entre le sucre et le poison. Si nous prenons soin d’ouvrir les yeux et les oreilles, je crois que nous découvrirons sans peine que notre public, s’il est quelque peu écœuré par le sucre, le juge cependant plus nourrissant et plus sain que l’arsenic…

Fritz Lang, The Penguin Film Review, n°5, 1946

Le cinéma c’est quoi ?
Des images et des sons.

Mao Tsé-Toung, Le Petit Livre Rouge

Le cinéma étant un instrument de combat, le metteur en scène n’est rien d’autre qu’un homme de combat. Il l’est toujours, à chaque instant de son travail. Jusqu’à son dernier souffle il doit lutter pour ses idées, contre la muselière probable de la censure.

G.W. Pabst, entretien dans Je suis partout, 1933

Le cinéma c’est quoi ?
Des images, des sons et des mikos

Britt Nini, Sex Star System

SAGESSE

… De plus je jure comme réalisateur de m’abstenir de tout goût personnel ! Je ne suis plus un artiste. Je jure de m’abstenir de créer une œuvre, car je considère l’instant plus important que la totalité. Mon but suprême est de forcer la vérité à sortir de mes personnages et du cadre de l‘action. Je jure de faire cela par tous les moyens disponibles et au prix de tout bon goût et de toutes considérations esthétiques.

Ainsi, je prononce mon vœu de chasteté.

Extrait du Dogme 95, Festival de Cannes 1995

Je laisse aux autres le soin de vous distraire avec leurs belles histoires, ils sont qualifiés pour cela, moi-même, je suis un homme de peu de patience, ou plutôt un homme dont la patience s’est enfuie. J’ai vu trop de mensonges. Aussi, maintenant, si quelque chose me met en colère, je le crie. Pourquoi ne pas utiliser le cinéma pour crier le motif de ma colère ?

Jonas Mekas, Manifeste de 1960

SOLIDARITÉ

Tous les films sont égaux.

Henri Langlois

THÉÂTRE

Le cinéma est le théâtre du prolétariat.

Jean Jaurès

Le cinéma, c’est l’âge de la machine. Le théâtre, c’est l’âge du cheval. Ils ne s’entendront jamais ; souhaitons-le d’ailleurs, car le mélange est déplorable.

Fernand Léger, Les Cahiers du mois 16/17, éd. Emile Paul Frères, Paris, 1925

Il y a deux sortes de films : ceux qui emploient les moyens du théâtre (acteurs, mise en scène, etc.) et se servent de la caméra afin de REPRODUIRE ; ceux qui emploient les moyens du cinématographe et se servent de la caméra afin de CRÉER.

Robert Bresson

TRAÇABILITÉ

Tintoret, ne disposant que de moyens immobiles, ébauche, trois cents avant le cinéma, la symphonie visible que nous attendons de lui. Voyez ces paysages profonds où les clartés et les ombres alternent, où les nuées d’orage, la poussière des couchants, l’écume et la vapeur des eaux interviennent sans arrêt dans l’idylle ou la tragédie, où, comme par hasard, des bêtes, des oiseaux, des groupes lointains traversent les taillis, où la mer s’ouvre en gémissant sous l’étrave des navires. Voyez cet unanime mouvement où la face invisible des formes devient soudain visible parce qu’elles agissent devant nous, où l’architecture mouvante des attitudes combinées se brise incessamment et se reforme sans que notre œil soit capable d’en saisir les transitions, où les valeurs et les contrastes sans cesse rompus, intervertis, changés, rétablis mais constamment solidaires, jouent dans toutes les dimensions du drame plastique, où tout s’organise à la fois autour d’un centre insaisissable qu’on sent partout et qu’on n’aperçoit nulle part…

Elie Faure, Fonction du cinéma, Editions d’Histoire et d’Art, 1953

TYPOLOGIE

Le cinéma est le seul art né à l’époque du capitalisme. Tous les autres arts plongent leurs racines dans l’époque précapitaliste et portent donc la marque de formes antiques, d’idéologies plus anciennes.

Béla Balazs, Le Film : essence et évolution d’un art nouveau, Dennis Dobson LTD, Londres, 1952

Le cinéma est le premier des arts cinématiques. Je veux dire que, dans un avenir plus ou moins proche, il ne sera plus le seul. Car les arts cinématiques remplaceront peu à peu les arts statiques.

Léon Moussinac, Naissance du cinéma, éd. Powlosky, Paris, 1925

De tous les arts, le plus important pour la Russie, c’est selon moi, l’art cinématographique.

Lénine

Le cinéma est un art qui doit rester seul et se développer à côté des six autres, fièrement, puisqu’il peut, s’il le veut, ne rien leur emprunter.

Germaine Dulac

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