IRONIE numéro 75 (Mai 2002)
IRONIE
Interrogation Critique et Ludique
Parution et mise à jour irrégulières
> IRONIE numéro 75, Mai 2002

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Supplément du numéro 75,
"30 AVRIL 2002"
, dépêches récoltées à la hâte le jour même dans divers journaux gratuits...


 Est-ce Crime ?

Odoardo Fialetti, graveur vénitien du 17ème siècle – Le Livre de l'Escrime

 Tous au Confessionnal

Après la Flagellation Nationale, les Prières de la République !
Français, encore un effort si vous voulez être républicains

 Sade actuel I

« Saint-Vit »
Comédie dramatique

Le lieu : « Saint-Vit domine la vallée du Doubs »
Les faits : Dans l'après-midi du 16 mars, à l'intérieur d'une grosse bâtisse aux murs décrépis, en lisière du virage de la rue de la Libération, Eve, 14 ans, surnommée par ses copains « La Rigolotte » et Marie, 13 ans, ont torturé Britney, 14 ans, à coups de tesson de bouteille et de couteau de cuisine. Dans la cave, « La Rigolotte » taillade le visage de la belle Britney, sectionne ses poignets jusqu'aux tendons et lui enfonce un couteau de boucher dans la tête. Eve et Marie se retrouvent en prison pour « tentative d'homicide volontaire sur mineur de moins de 15 ans, accompagnée d'actes de torture, de barbarie et de séquestration ».

Le procureur un tantinet horrifié, faisant à plusieurs reprises le signe de croix : « C'est la marque d'une influence culturelle néfaste, du satanisme. »
Un journaliste dépité, sans inspiration : « Saint-Vit est petit »
Le père de la victime affolé : « Comment ont-elles pu faire ça à ma gosse ? » (un temps) Puis tâchant de se rassurer : « Les médecins ont fait des miracles. Et puis elle est forte ma Britney. Déjà elle s'embête, c'est bon signe. »
Un gauchiste dégoûté, persuadé d'avoir saisi la cause du drame : « A Saint-Vit, quand vous construisez une maison, on vous demande où vous voulez placer la prise d'antenne dans la cuisine pour pouvoir regarder la télé en mangeant. »
Une mère inquiète : « Après le fait divers, j'ai dis à mon gamin : « tu lis le journal et tu me dis ce que tu ne comprends pas » »
Un conseiller municipal suspicieux : « Entre parents, on se demande s'il n'y a pas eu une accumulation de rancœur, de mal vivre chez ces ados et pourquoi pas aussi des jeux dangereux comme des messes noires. »
Une voisine : « J'ai une fille de 12 ans. Elle m'a demandé : « Pourquoi des copines se font ça entre elles ? » »
Un philosophe de campagne : « Cette histoire nous a mis à nu face à nos gosses, à nos vies. »
Un copain de classe, rebelle : « Ce qu'on voit à la télé, on le reproduit pas dans la vie. »
Une copine de la « Rigolotte », grunge : « Après tout, elles sont comme nous. »

Chœur Satyrique, dansant, bondissant :
Il s'en passe des choses à Saint-Vit ! ça ne s'invente pas. Saint-Vit, son œuvre.
Ou comment la « Jeune Fille » est sacrifiée par ses faire-valoir sur l'autel du spectacle.
C'est la logique même du Spectacle, son auto-destruction programmée.
Chantons, nymphes et silènes ! Flûtes et tambours, fleurs et galipettes.
Le marquis de Sade, dans son donjon, rit.

Chœur Satyrique, chantant :
     « Baby,
     Baby,
     One more time » Britney Spears

Martyre de Saint-Vit, Sade s'invite.
Gamines Damnées, Ô Furies, Ô Harpies...
Soleil rouge de la torture, ne laissez pas vos amies sans vit...
« O Satan, prends pitié de ma longue misère ! »
     « Scream for Mercy,
     Killers behind you » Iron Maiden

 

 Sade actuel II

Orgasme puissance Néant

   Comme une farce

« Au début, je n'ai pas compris, j'ai cru que c'était un gag tout s'est passé très vite. Il tirait dans toutes les directions. »
« A ce moment-là, il y a eu comme un bruit de pétards dans les travées des spectateurs. Il n'en restait qu'un. Il s'est levé et a ouvert sa veste. Il a dégainé à la volée et s'est mis à tirer avec un pistolet, à droite, à gauche. »
« Comme il avait une veste verte, j'ai cru que ça pouvait être une farce d'un chasseur qui attaquait les élus écologistes avec un pétard ou un
pistolet d'alarme. J'ai eu l'impression de vivre un film d'horreur au plus haut degré. Il faisait des gestes très nets, il tendait le bras, il tirait, il tendait le bras, il tirait. »

   Nihilisme achevé

La maire : « Je veux tout savoir »
La mère : « Très souvent devant moi, il exprimait son désir de faire un carnage avec une arme destructrice, avant de mettre fin à ses jours. Il me mettait dans un état d'angoisse permanent à cause de cela. »
Le fils : « Maman, il y a longtemps que je devrais être mort. Je ne sais rien faire dans la vie. Même mourir sans faire de mal. J'ai capitulé, il y a
bien longtemps. Je voulais aimer, apprendre à travailler, apprendre à me battre pour des gens et des choses que j'aime. Je voulais être libre. Mais j'ai une mentalité d'esclave et de faible. Je me sens si sale. Je me suis trop branlé, au sens propre, comme au sens figuré. Je suis foutu. Je n'ai ni passé, ni avenir. Je ne sais pas vivre l'instant présent. Mais je dois crever au moins en me sentant libre et en prenant mon pied. C'est pour cela que je dois tuer des gens. Une fois dans ma vie, j'éprouverai un orgasme. »

   Tuer, c'est bondir hors du rang des écrivains

« J'écris parce que j'espère me prouver que je suis encore en vie même si objectivement tout prouve le contraire. Je ne suis plus qu'un numéro
d'immatriculation dont tout le monde se fout. J'ai un bandeau sur les yeux et je tourne en rond dans une pièce. »

   Pourvu que ça Durn

« Je ne veux pas crever sans avoir beaucoup baisé. Je ne veux pas crever sans avoir connu des choses belles et graves dans le monde. Par exemple, certains paysages, un lieu où je me sentirais bien (désert, montagne, milieu équatorial, tropical), nager près des baleines, des dauphins. Je veux m'arracher de cette maison (de chez ma mère), de cette ville, de cette monotonie, du chaos. Depuis des mois, les idées de carnage et de mort sont dans ma tête. Pourquoi continuer à faire semblant de vivre ? Je peux juste pendant quelques instants me sentir vivre en tuant. »

   Tuer la maire

« Dolmancé : Soyez franc, Richard, n'avez-vous jamais souhaité la mort à personne ?
Richard : Oh ! oui, oui, et j'ai sous mes yeux chaque jour une abominable créature que je voudrais voir depuis longtemps au tombeau.
Mme de Saint-Ange : Je gage que je devine.
Richard : Qui soupçonnes-tu ?
Mme de Saint-Ange : Ta mère.
Richard : Ah ! laisse-moi cacher ma rougeur dans ton sein !
Dolmancé : Voluptueuse créature ! Je veux t'accabler à mon tour des caresses qui doivent être le prix de l'énergie de ton cœur et de ta délicieuse tête. (Dolmancé le baise sur tout le corps, et lui donne de légères claques sur les fesses ; il bande ; Mme de Saint-Ange empoigne et secoue son vit ; ses mains, de temps en temps, s'égarent aussi sur le derrière de Mme de Saint-Ange, qui le lui prête avec lubricité ; un peu revenu à lui, Dolmancé continue.) Mais cette idée sublime, pourquoi ne l'exécuterions-nous pas ? » Sade – La Philosophie dans le boudoir

« La seule personne que j'ai visée intentionnellement était Mme Fraysse. Je l'ai visée pour sa qualité de maire, mais aussi parce que je ne la respectais pas. J'ai commencé par viser et à ouvrir le feu sur la maire. »

« Les criminels sont en général plus curieux que les honnêtes gens : plus inattendus, donnant plus à réfléchir. Et même s'ils ne disent (comme il arrive) que des choses banales, plus surprenants : à cause précisément de ce contraste entre le fond dangereux et l'apparence inoffensive (...) Les moralistes disent qu'il suffit d'avoir supprimé, fût-ce négligemment, une seule existence humaine pour se sentir du tout au tout changé. Et les moralistes sont imprudents de le dire, car nous avons tous envie de nous sentir changés. » Jean Paulhan – Le Marquis de Sade et sa complice

   Plus Durn sera la chute

« Puisque j'étais devenu un mort vivant par ma seule volonté, je décidais d'en finir en tuant une mini-élite locale dans une ville que j'ai toujours
exécrée. Je n'ai pas atteint un idéal d'humanisme et m'étant laissé aller au désœuvrement et à l'échec, j'ai voulu tuer pour prendre ma revanche sur moi-même et sur ces symboles de puissance. J'ai voulu connaître la griserie et le sentiment d'être libre par la mort. (...) (Le rapport de police s'interrompt et reprend : « A ce stade de l'audition, constatons que le nommé Durn Richard se précipite vers la lucarne du bureau et se jette dans le vide. Notre action, conjuguée à celle de notre collègue n'a pas empêché Durn de tomber. ») »
Quelques temps plus tard, les Nanterriens enterrent leurs morts...


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