IRONIE numéro 64 - Supplément IRôNIA : «POPùLIPHONIA»
IRONIE
Interrogation Critique et Ludique
Parution et mise à jour irrégulières

> Supplément du numéro 64,
IRôNIA : «POPùLIPHONIA»


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IRONIE numéro 64, Mai 2001



IRôNIA : «POPùLIPHONIA»

[« POPùLIPHONIA » : Work in Progress théâtral et polyphonique de Régis Hébette (version du 22/03/2001). Les premières représentations (du 22 mars au 7 avril) ont eu lieu au Théâtre de l'Echangeur à Bagnolet. Une création de la Cie Public Chéri. « POPùLIPHONIA » sera de nouveau sur scène en septembre-octobre 2001 dans le même théâtre. Le texte d'ici là aura sûrement muté et le spectacle sera autre. IRôNIA a voulu en diffuser quelques extraits comme une radiographie de l'essence scénique. « une machine à jouer, une machine à jouer à être, une machine à êtres jouant, jouant à être et à jouer » R. Hébette.]


Ici vous n'êtes ni au travail ni en famille ni en société ni en vacances ni en loisir ni en soirée ni aux courses ni au marché ni au casino. Il ni y a rien à manger rien à gagner et rien à emporter vous êtes au théâtre Vous êtes au théâtre et ça ne change rien vous êtes au théâtre et ça ne produit rien, vous êtes au théâtre et ça ne sert à rien, ça parle c'est tout. Et ça parle dans un seul sens, une seule voie, une seule direction à plusieurs voix, il ni y a pas de réponse possible pas de discussion possible pas de communication possible, pas de débat.

Cet acte de venir au théâtre
Cet acte de se consacrer un temps
à épuiser ensemble
ectétéra etcétéra...
a été précédé d'un échange d'argent
contre sa valeur en billet d'entrée...
d'un échange de monnaie
contre son équivalent en spectacle...
Nous est-il permis
d'espérer dépasser cette trivialité
préambulairement commerciale ?
Nous est-il permis
d'espérer effacer
ce marquage au fer rouge du négoce
dans la viande même
de notre relation...?

Pas d'entrain,
                      pas de désir,
pas d'appétit.
          On écoute un peu de musique
on s'allonge
                on met le nez aux carreaux
                            on boit des coups mais
pas de cadeaux pas de caresses pas de cadence

hummmmm je suis seul
aussi seul que mon voisin de palier
qui est aussi seul que son voisin d'en face
qui est aussi seul que sa femme et son fils
qui est aussi seul que son copain Antoine
qui est aussi seul que l'épicier du coin
qui est aussi seul que le marchand de papier
qui est aussi seul que le chef des pompiers
qui est aussi seul que mon cousin Germain
qui a perdu son chien

Nous apprenons chaque jour
à vivre un peu plus seul chaque jour,
nous avons chaque jour
un peu moins besoin d'être ensemble chaque jour
nous apprenons chaque jour
à nous passer un peu plus de nous mêmes chaque jour
nous sommes un peu moins compatible chaque jour
les uns avec les autres (chaque jour)
nous jouissons un peu moins les uns par les autres chaque jour
la douleur est un peu plus présente
et un peu plus pressante chaque jour
mais nous apprenons à la supporter mieux chaque jour
personne n'a réellement envie de vivre ça chaque jour
mais c'est ainsi chaque jour...
nous apportons chaque jour notre viande personnelle
au tartare collectif,
au grand tout, au grand toutou
qui l'engloutit chaque jour...

Hier j'étais chez des amis comme on dit
qu'est ce qu'on s'est dit ?
On a ri pas mal on a parlé pas mal
j'ai donné comme on dit
un certain tour à la soirée
j'ai sorti quelques glaçons
du genre pensée
des trucs sentis
j'ai parlé j'ai parlé
ça les a intéressé
finalement on s'est quitté
pas fâchés de se quitter
qu'est ce qu'on s'est dit ?
qu'est ce qu'on s'est dit ?
j'arrête pas de répéter les mêmes conneries
à des gens différents
à des amis à mes parents
c'est emmerdant
c'est quoi cette maladie ?
Faut que je vérifie...

Allez allez pas d'histoires, Pas d'retenue pas d'reprise pas de retour en arrière et pas de relecture faut faire dégorger la mémoire remonter la pression faut que ça circule en transe mission que ça ouspille de lair delair que sa rousse pète que ça pète avanti avanti trompette dans les chomières et parole héparole faut qu'ça langue foqu'ça blablatte qu'ça déblattère que ça déballe toutelabile toutelabile delaterre sors de ta coquille coco sor de ta langue de ta gangue et parle héparle et blablatte et blattère et libèr ta langmère Harengue la terre et arrète de te terre libère ton carkan fait craquer tako quille coco ta ptite tètdeuf fait sonner ta matière jaune poussin libère ta peine de piou piou allez coco allez caliméro libère tacolè-re ta p'tite koller ta kolonne d'air ton kantassoi pioupiou ton quandquand à toi vazy pioupiou envoltoi.

SA FE MAL KAN SA SORREPA SA SORREPA SA SORREPA
JPEU KAN MEME PA AXE ET PTER KSA SORTE PA
(ad libitum)

C'est ça qui est bien avec le théâtre c'est qu'on peut dire n'importe quoi ça n'a pas d'importance... personne ne se préoccupe vraiment de ce qui se passe au théâtre, ça n'a pas d'importance... C'est ça qui est bien avec le théâtre c'est qu'on peut dire exactement ce qu'on veut, comme on veut, quand on veut, ça n'a pas d'importance ça ne prête pas à conséquence ça demeure entre nous... (ça demeure entre nous... ça demeure entre nous... etc...) La seule chose importante c'est qu'il y ait quelqu'un dans la salle pour entendre ce qui se dit et faire comme si il se jouait vraiment quelque chose ici (comme si il se jouait encore quelque chose ici), comme si quelque chose pouvait se dénouer ici comme si c'était un endroit possible de résolution de quelque chose ici

- Mais enfin tu vois pas ? Tu vois pas ce qui se passe ?
- Non qu'est ce qui se passe ?
- Tu vois pas ?
- Bin non !
- Mais enfin ouvre les yeux regarde autour de toi
- Bin oui y'a des problèmes oui comme toujours y'a toujours eu des problèmes
- T'appelles ça des problèmes ? Mais enfin tu vois pas ? Tu vois pas ce qui se passe ?
- Non qu'est ce qui se passe ?
- Tu vois pas ?
- Bin non !
- Mais enfin ouvre les yeux regarde autour de toi
- Bin oui y'a des problèmes oui comme toujours y'a toujours eu des problèmes
- T'appelles ça des problèmes ? (en boucle)

Désolé c'est terminé on remballe l'histoire est terminée il fallait venir plus tôt si vous vouliez participer je regrette mais vous pouvez rester nous allons prendre une dernière photo vous pouvez apparaître sur la photo c'est une photo souvenir la dernière photo de l'espèce, la dernière photo du grand album d'Histoire vous pourrez l'emporter

- Et qu'est ce qui va se passer maintenant ?
- Ils vont remplacer l'homme par des amibes
- Des amibes ?
- Oui ou des machines...
- Et ça sera mieux ?
- Pas pire... c'est l'évolution, la grande évolution... vous en avez entendu parler ?
- Comme ça enfin comme çi enfin comme tout le monde quoi.
- Vous êtes au courant à propos de...
- Oui, on en parle oui.
- Tout ce qui se prépare c'est à peine croyable
- C'est ce qu'on dit
- Toutes ces choses toutes ces choses...
- Oui

Qu'est ce qui rapproche les hommes ? Qu'est ce qui rapproche les hommes ?
Qu'est ce qui rapproche les êtres ? y'a bien quelque chose ? y'a bien eu quelque chose ? y'a bien eu un moment ou c'était important où ça valait la peine tous ces gens tous ces gens qu'est ce qui rapproche les gens ? qu'est ce qui nous lie c'est quoi nos liens ? on est lié mais par où ? qu'est ce qui nous lie qu'est ce qui nous ligote les pattes ? La condition humaine, la condition humaine c'est quoi cette condition ? Y'avait une condition ? Il y a donc quelqu'un qui pose des conditions.
Qu'est ce qui rapproche les êtres? Qu'est ce qui rapproche les êtres?
Toutes ces questions, toutes ces questions
    On s'agite on transpire
               et toujours pas dit
                        qu'est-ce que nous faire ici
          Toujours pas dit
                                pourquoi de nous ici

Je pisse et je chie sur les échanges entre les hommes
Je te donne tu me donnes
derrière l'échange il y a le commerce et pas de don
je pisse et je chie sur l'altruisme
derrière l'altruisme il y a l'asphyxie de l'autre
par bon calcul et bonne conscience
je pisse et je chie sur la conviviavilité
derrière la convivivialité il y a l'ennui
l'hypocrisie la frustration
je pisse et je chie sur la rébellion, ma rébellion
derrière ma rébellion mon épuisement
ton épuisement en récupération
je pisse et je chie sur l'espoir en l'avenir
derrière l'espoir à venir
il y a la certitude du mensonge au présent
et la promesse de l'immobilité
mais je ne pisse pas et je ne chie pas sur le désespoir
le désespoir est le dernier repli possible
avant le grand saut dans la transformation

Donc tout ce qu'on voit, tout ce qui nous parvient ça n'est pas vrai ça n'est pas réel c'est de l'illusion . En tant qu'artiste je dois me charger de en tant qu'artiste je dois me charger de je commence à être perdu c'est un début je ne sais plus très bien c'était quoi la question en tant qu'artiiiiiiiiste en tant qu'artiiiiiiiiiiste c'était quoi la question c'était à propos de quoi? La question consiste à retrouver autour de quoi tourne la question...
Nous ne dérangeons personne ici
c'est bien dommage mais c'est ainsi
Rien de ce qui se dit ici n'a d'importance ailleurs qu'ici

Nous n'agissons pas sur les choses nous n'avons pas pouvoir sur les choses c'est pourquoi nous sommes ennuyés, embêtés, enfermés, emmerdés, enfouis, enterrés, entre nous...
Vous êtes au théâtre et ça ne sert à rien...
Vous êtes au théâtre et ça ne produit rien...
Vous êtes au théâtre et ça ne change rien...
C'est ça qui est bien !

Génial génial hein ? quelle ambiance... génial génial c'est archi chaud le show
archi chaud le show des zartistes c'est archi show le show C'est le show chaud des zartistes

Allegropopùliphonia
Popùliphonia corpus désir Popùliphonia corpus désir célébrate
Popùliphonia corpus désir célébrate my self
Popùliphonia célébrate corpus vitae voluntat ergo sum because i want it
Popùliphonia celébrate vouvoutante jeune femme
Popùliphonia célébrate bambinum and gériatricum populis
Popùliphonia célébrate
mare nostrum and terrae nostrum
animals and végétables in the world
Popùliphonia célébrate alégria
es muss sein y gracias a la vida
Popùliphonia gloria phosphorum ist
Popùliphonia célébrate alégrium phosphora

Nous voici maintenant rendu à la fin, c'est à dire au début...
Mais qu'est ce qu'on a fait ? Qu'est-ce qu'on a fabriqué ?
Est-ce qu'on s'est amusé ? Est-ce que c'est important ?


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